Réforme CPF : le plafonnement entre en vigueur

Hier, le 25 février 2026, a dû être une journée anxiogène pour beaucoup d’organismes de formation en langues.

Nous savions depuis le jeudi 19 février que le décret instaurant un plafond au CPF avait été acté (en dépit d’un important mouvement de contestation et de multiples propositions d’ajustement, le gouvernement n’a consenti à aucun changement), et nous pensions tous que son application interviendrait début mars.

Mais, encore une fois, nous avons été pris au piège : tout à coup, nous avions 24 heures pour réagir.

Des mails et des coups de fil aux clients et aux prospects pour faire valider les dossiers rapidement.

Des explications sur la création de l’identité numérique, sur la manière de « demander un devis », d’accepter et de régler la participation forfaitaire.

Et le tout avec ce sentiment d’agacement : celui d’être méprisés, traités comme des enfants sans autonomie, à la merci de décideurs qui ne comprennent rien à la réalité du terrain.

Ce matin, le plafond de 1 500 euros est bien en place.

D’abord, le pourquoi

Nous sommes quasiment sûrs que la décision est uniquement financière : le budget 2026 impose des restrictions budgétaires partout. La formation n’est pas la seule à en souffrir — ni la dernière.

Nous ne croyons pas que ce soit la fin du CPF. Nous osons être aussi optimistes que ce plafond ne sera pas permanent.

Il est paradoxal de rechercher des économies budgétaires immédiates tout en provoquant des effets économiques secondaires potentiellement coûteux : à cause de cette décision il y aura sans doute des licenciements, hausse des dépenses d’indemnisation, contraction de la consommation.

Il y aura de nombreux usagers du CPF qui refuseront de financer le reste à charge d’une formation coûtant plus de 1 500 euros. La conséquence sera aussi économique : un acheteur qui négociera moins bien en anglais, un vendeur qui vendra moins bien en anglais, un avocat qui perdra un dossier.

Quel sera l’impact de toutes ces formations qui n’auront pas lieu ?

Et maintenant ?

La leçon doit être claire : pour survivre, un organisme ne peut pas dépendre majoritairement des financements d’État.

Nous n’existons pas parce qu’un budget existe. Nous existons parce qu’il y a un marché.

Les formations en langues, comme nous le répétons depuis des décennies, ne sont pas des formations comme les autres.

Les besoins sont individualisés. Le progrès est long. La mesure des résultats est complexe.

Si vous dépendez du CPF pour plus de 50 % de votre activité, vous êtes fragile. Et vous subirez — encore et encore — les conséquences de décisions que vous ne contrôlez pas.

Vous pouvez vous adapter — comme 86 % des répondants à notre enquête l’ont déclaré — en proposant une offre moins chère.

Vous pouvez également repenser votre structuration : par exemple, transformer une formation de 30 heures à 2 400 euros en deux parcours de 1 200 euros, à condition que l’usager passe une première certification avant de poursuivre.

Mais cela reste une stratégie fragile.

L’axe des abondements et du co-financement sera sans doute fortement exploré en 2026. Le CPF perdra son autonomie pour devenir un financement parmi d’autres.

C’est certes une opportunité. Mais cela ralentira aussi les inscriptions : monter un dossier prend du temps.

Autres menaces

Le vrai problème, c’est que l’économie française ralentit. Lorsque les entreprises voient leur pouvoir d’achat diminuer, la formation devient un coût.

Si les financements ne viennent plus amortir ce coût, les formations en langues — perçues comme moins stratégiques à court terme — sont reléguées.

Le réflexe consistant à demander aux collaborateurs d’utiliser leur CPF pour financer leur formation est terminé.

À cette double pression — économique et budgétaire — s’ajoute l’émergence de l’intelligence artificielle.

De nombreux secteurs sont menacés par l’IA. Dans les langues, nous pensons qu’une place essentielle restera au formateur.

Nous faisons le pari qu’au-delà des compétences techniques, les compétences relationnelles et émotionnelles humaines d’un formateur en langues resteront déterminantes.

L’IA est là pour nous aider, pas pour nous remplacer.

Le futur

Notre marché continuera à exister. Mais il évoluera.

N’existons pas parce qu’il y a des financements. Existons parce que nos clients ont besoin de nous.

Restons agiles. Restons réactifs.

Bon courage à vous. Si vous avez survécu au COVID, vous survivrez à cette réforme.

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À propos de Linguaid et LangueXpert

Linguaid France est un organisme de formation et certificateur spécialisé dans les langues vivantes et l’ingénierie pédagogique. En soutien du marché de la formation linguistique, il propose LangueXpert, un programme de formation et de certification intitulé « Former de Manière Innovantes en Langues Vivantes » qui est 100% dédié aux formateurs en langues et centré sur l’innovation pédagogique, l’usage raisonné de l’intelligence artificielle et l’amélioration mesurable des pratiques professionnelles.

3 replies
  1. Thibaud
    Thibaud says:

    Hi Joss,

    je vous rejoins tellement sur ce post… nous avons travaillé jusqu’à 23h hier pour finaliser des dossiers de prospects…Travailler dans l’urgence décrédibilise notre métier…

    10 ans que je mène la barque et 10 ans de tempête, entre les baisses de prise en charge OPCA (OPCO), Datadock, Qualiopi, COVID, audits sur audits, contrôle qualité de la CDC, reste à charge et maintenant plafond, je n’en peux plus.

    Quand le gouvernement ouvre un tiroir et trouve 4 milliards pour alimenter les demandes pour la prime Renov et que ce même gouvernement bafoue les droits acquis par les salariés… Je suis démoralisé, j’ai perdu toute motivation pour le métier que j’exerce depuis longtemps, accompagner les gens est une passion et malheureusement le gouvernement nous sanctionne chaque année. Oui la stratégie de travailler avec le CPF à 90% n’est certainement pas la bonne mais le nombre d’entreprises qui souhaitent former ses salariés sur le plan de formation est très restreint.

    Nous avons survécu au COVID certes, mais je ne pense pas pouvoir continuer dans ces circonstances…

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  2. Jennifer
    Jennifer says:

    Hi there,

    nous allons à nouveau devoir faire preuve d’agilité. Le next step ? Retirer les formations en langues du dispositif du CPF. C’est certainement ce qui nous attend. Je reste convaincue que les formations en présentiel ont un avenir prometteur car l’humain ne sera jamais replacé par la machine. A nous de faire les caméléons en espérant que les clients suivront.

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  3. SIMONIN
    SIMONIN says:

    Bonjour à vous
    Il serait pertinent d’étudier comment l’entreprise peut abonder avec les + et les – :
    Si l’entreprise abonde via EDEF, ce qui pose un souci car le service RH doit voir avec le service Comptable pour faire un virement : dans ce cas, il n’y a pas les 103.20 / 150€ de financement personnel pour le salarié ?
    Quelle marche à suivre pour l’entreprise ? L’entreprise ne récupère pas la TVA ? L’entreprise ne peut pas utiliser son Plan de développement des compétences ? La fiche EDEF d’abondement est obsolète… Les RH nous interrogent.
    Et si l’entreprise prend le delta en direct avec l’OF, le salarié paye les 103.20/150€ mais l’entreprise peut récupérer la TVA et/ou monter un dossier OPCO.
    Merci pour votre aide si vous maitrisez ces infos ! Merci !

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